Cette semaine, j’ai accompagné un jeune ingénieur de production.
Premier poste.
Premier rôle de management.
Première confrontation avec le monde industriel.
Et déjà un arrêt maladie.
Pas parce qu’il était incompétent.
Parce qu’on lui a demandé l’impossible :
- Manager des chefs d’équipe et des opérateurs sans formation.
- Reprendre une équipe en crise.
- Gérer des problèmes d’ambiance.
- Faire face à une situation de harcèlement.
- Redresser des indicateurs de performance déjà dans le rouge.
Et tout cela avec quoi ?
Aucun accompagnement.
Aucun soutien.
Aucun droit à l’erreur.
Seulement une pression permanente.
“Les résultats ne sont pas là”, “tu dois faire progresser les chiffres”, “ce n’est pas assez”, “tu n’as pas le niveau”,
Voilà le management qu’il a reçu : un management par le contrôle.
Par le micro-management, par la peur, par l’humiliation déguisée en exigence.
Le pire ?
Ce jeune est profondément humain : il se soucie de ses équipes, il veut bien faire, il écoute, il absorbe les tensions, il prend les problèmes sur lui.
Mais dans certaines entreprises, l’empathie est traitée comme une faiblesse.
Alors il a essayé de tenir.
Encore, encore, encore... Jusqu’à ne plus dormir, jusqu’à perdre confiance, jusqu’à remettre toute sa valeur en question.
Aujourd’hui, il pense qu’il n’est “pas fait pour manager”.
Il pense à se reconvertir. Il doute même de ses compétences d’ingénieur.
Et moi, je pose cette question :
Comment un jeune diplômé peut-il se construire dans un environnement pareil ?
Comment peut-il apprendre à manager quand ceux qui le dirigent ne savent pas accompagner ?
Comment peut-on exiger des résultats d’une personne qu’on laisse seule dans une équipe dysfonctionnelle ?
On parle de pénurie de talents, mais combien de talents détruit-on ?
Combien de jeunes, brillants, cassent dès leur premier poste ?
Combien repartent avec cette croyance toxique : “je suis nul” alors qu’ils ont juste été mal encadrés.
Un manager n’est pas censé être un broyeur humain.
- Former.
- Accompagner.
- Recadrer avec respect.
- Donner du feedback constructif.
- Créer de la sécurité psychologique.
C’est ça, manager.
- Pas surveiller.
- Pas rabaisser.
- Pas terroriser quelqu’un jusqu’à l’épuisement.
Ce n’est pas de l’exigence.
Ce n’est pas du leadership.
Ce n’est pas de la performance.
C’est de la violence organisationnelle.
Il faut arrêter de la normaliser.
Parce qu’un jeune qui perd confiance à 25 ans à cause d’un management toxique…
- ce n’est pas “une mauvaise expérience”.
- ce n’est pas “le monde du travail”.
- ce n’est pas “le métier qui rentre”.
C’est un échec collectif.
Managers, RH, Directions, nous avons une responsabilité immense.
On n’apprend pas à manager en survivant, on apprend à manager en étant accompagné.
Et vous, avez-vous déjà vu des jeunes talents s’effondrer à cause d’un management toxique ?
Il est temps qu’on ouvre cette discussion.
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